Ingénieur des travaux finis 1/2
Publié par S.T le 28 novembre 2008
Après avoir réalisé moi-même – et avec un peu d’aide – la rénovation de toute une aile de ma maison, j’ai éprouvé le besoin de me reposer un peu. Et de faire travailler les autres. Après tout, si l’Artisanat est le premier employeur de France, je devais pouvoir facilement trouver une entreprise compétente, même dans mon secteur ravitaillé par les corbeaux.
Que nenni !
Trouver l’entreprise ad hoc à deux pas de chez soi relève de la quête du Graal. Oui, il y a des milliers de PME et TPE (pardon, petites et moyennes entreprises et très petites entreprises, désolée) dans ma région. Oui, elles savent faire ce que je désire. Oui, elles peuvent me faire un devis. Non, elles ne peuvent pas réaliser mes travaux…
Cherchez l’erreur.
Est-ce que je porterais sans le savoir une marque infamante qui me désigne comme une mauvaise cliente ? Est-ce que j’habiterais par hasard dans une zone contaminée par des relents putrides et néfastes ? Y aurait-il eu une épidémie de peste bubonique ou de choléra parmi les ouvriers du bâtiment ? Rien de tout cela, la réponse est beaucoup plus simple : ces fameuses PME et TPE croulent tellement sous les commandes qu’elles n’honorent de leur savoir-faire que ceux qui sont dignes de les apprécier. Traduisez, les marchés à plus de 50 000 euros. Et encore.
Enfin ça, c’était avant la crise financière qui vient de frapper…
Mais il y a un peu plus de cinq ans, mettre la main sur une entreprise générale de travaux relevait du défi. Si les pages jaunes regorgent d’encadrés proclamant que la société Toutfaire1 sait vraiment tout faire ou encore que les Menuiseries Générales du Bâtiment2 fabriquent bien des menuiseries, lesdites entreprises n’ont pas l’air d’avoir besoin de faire de la publicité. Et il n’est pas rare d’entendre la voix harassée d’une secrétaire qui vous a fait patienter vingt minutes au téléphone qu’il est absolument impossible d’avoir un rendez-vous avant au moins… au moins. Bref, en désespoir de cause, on prend date pour l’année prochaine et on passe à l’annonce suivante. Et le même scénario se reproduit invariablement. Une fois l’annuaire entièrement gribouillé rageusement, il ne reste qu’à entreprendre une enquête auprès des voisins et amis pour savoir quelle entreprise a réalisé quels travaux, et qu’en pensez-vous et combien ça vous a coûté ?
Je croyais donc avoir enfin trouvé la perle rare par l’intermédiaire de l’un de ces voisins et néanmoins ami. Et je vis un matin débarquer un petit artisan maçon, mètre à la main, et apparemment plein de bonne volonté. Dans la semaine qui suivit (miracle !), je reçus un devis en bonne et due forme, détaillant bien tous les ouvrages à réaliser, le tout pour une somme relativement raisonnable. Je m’empressai de retourner le devis signé et d’appeler l’artisan pour définir ensemble la date de début des travaux. Date fixée à une échéance assez courte, puisque le chantier devait démarrer à peine 3 mois plus tard, au début de l’été.
C’était sans compter que cet été là, justement, serait caniculaire.
Ne voyant rien venir telle la sœur Anne, et après avoir vainement poursuivi l’entrepreneur au téléphone pendant plusieurs semaines, j’en arrivai à la conclusion qu’il avait fait si chaud en cette année 2003 que :
a) les lignes téléphoniques devaient avoir court-circuité
b) les ouvriers du bâtiment avaient fondu, et leurs corps abandonnés dans les chapes de ciment séché trop vite.
Avertissement : si d’inquiétantes craquelures apparaissent dans vos ouvrages maçonnés réalisés cet été là, contactez immédiatement le Ministère de l’Intérieur de façon à ce que les statisticiens puissent réviser leurs données concernant le nombre de victimes dans le secteur du bâtiment.
La suite au prochain numéro !
La chanson du jour : “J’attendrai” de Dalida, adaptation de “Tornerai” interprété par Rina Ketty pendant la Seconde Guerre Mondiale.
Notes :
1 – on vous l’a déjà dit mais on va vous le répéter, ce blog est une œuvre de fiction, les noms des entreprises sont entièrement inventés et sortis de mon imagination. Toute ressemblance avec des marques ou des entreprises existantes ou ayant existé serait entièrement fortuite et totalement indépendante de ma volonté.
2 – voir note 1