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Travaux : on sait quand ça commence…. ou pas !

Publié par S.T le 11 décembre 2008

Contrairement à ce qu’il apparaît dans le film fort drôle de Brigitte Roüan mettant en scène une Carole Bouquet bondissante et franchement comique aux prises avec des travaux “latinos” et follement bohêmes, déterminer le début d’un chantier n’est pas si aisé.

Dans mon cas, avant de m’attaquer au cœur du sujet, à savoir la maison proprement dite, il fallait aménager un endroit où pouvoir camper pendant les travaux. Et camper est bien le mot, j’y reviendrai plus tard.

Le gîte étant assuré dans une aile à peu près confortable du logis, il fallait accessoirement prévoir une annexe technique : je n’allais pas jeûner pendant 4 mois ni cesser toute activité professionnelle (j’ai la chance de pouvoir pratiquer mon activité à demeure, au chaud derrière mon ordinateur, ce qui me permet de surveiller le chantier, lorsque chantier il y a).

La solution la plus simple consistait donc à restaurer en premier lieu le garage et à l’aménager de façon à ce qu’il fournisse un salon-cuisine-salle à manger-bureau à peu près convenable. Et censément provisoire…

On ne se méfie jamais assez de ce que la notion de “provisoire” recouvre.

Par exemple, on ne porte un plâtre provisoire que quelques jours avant de se retrouver totalement immobilisé par un carcan qui fait ressembler à une momie ou à une statue post-moderne.

Ou bien on se retrouve avec un bridge provisoire pendant quelques semaines avant de recevoir une prothèse définitive. Et on ne bafouille avec une patate chaude dans la bouche finalement que le peu de temps nécessaire à quelques démarches téléphoniques.

C’est que le mot provisoire fait appel à un concept hautement physique et philosophique : la relativité.

Comme l’a très bien démontré Gotlib1, la relativité, c’est très relatif. Tout est question de point de vue. Je pourrais vous dire que j’ai la chance d’avoir un garage à restaurer tandis que bien d’autres doivent camper sous la tente dans la cour. Et vous vous exclameriez “mais de quoi se plaint-elle ?”. Oui hein ? on se demande…

Ou encore que j’aurais pu commencer les travaux en plein hiver, ce qui eût été moins agréable, n’est-ce pas ?

Eh bien justement parlons-en de cette notion de temps, de saison, somme toute vraiment très relative.

Le temps. C’est de l’argent. Non, c’est de la vie. Que je vous explique : à 20 ans, on se dit qu’on a la vie devant soi (ce qui est assez vrai), que le monde est ouvert, vaste, et qu’il faut l’arpenter. Les voyages forment la jeunesse dit-on. Mais à 20 ans, on paraît très vieux pour un gamin de 11 ans. Et un gamin pour un homme de 40 ans. Alors que du haut de ses 11 ans un gamin considère un homme (ou une femme) de 40 ans comme un vieillard, déjà un pied dans la tombe.

Mais lorsqu’on a 80 ans, on regarde derrière soi et l’on se dit que 20 ans, c’est le plus bel âge (et non “Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie”2), que 30, c’est celui de la maturité, que 40 c’est celui de la sagesse, que 50 c’est celui de l’apaisement et ainsi de suite. C’est un peu vite oublier que l’on en a bavé pour franchir ces décades glorieuses et arriver à la sérénité. Sérénité elle aussi toute relative.

Tout ça pour dire que tout semble relatif selon l’angle de vision que l’on adopte. On peut ainsi envisager sans sourciller 4 mois de travaux comme une simple formalité, une grosse saison comme entre parenthèses, avant de reprendre “la vraie vie”.

Quand vous faites des enfants Mesdames, vous dîtes-vous que les 9 mois qui viennent ne seront qu’une parenthèse avant que ne reprenne votre vie ? Vous savez que ce n’est que le début d’un long chemin, une grande aventure humaine que vous comptez savourer de la première à la dernière minute. Et vous avez raison.

Il en va de même avec les travaux. Avant d’accoucher de la maison de rêve, il va falloir passer par toutes les étapes de la création et ce, jusqu’à la nausée. Les travaux sans douleur, une vue de l’esprit ?

Il faut se préparer, physiquement et psychologiquement. Psychiquement même. Se mettre en condition, se motiver, avoir des projets plein la tête, et surtout ne pas être pressé, il faut laisser le temps au temps.

Ca tombe bien : ce n’est pas parce qu’un devis et un chèque sont signés que vous allez voir débarquer les maçons le lendemain. Et c’est là que la notion de relativité du temps vous frappe de plein fouet. Dans votre tête, vous avez le chantier, les maçons, donc logiquement 1 + 1 égalant 2 (mais ça se discute), tout devrait commencer au plus tôt. Egoïstes que vous êtes ! Et les autres clients de l’entrepreneur ? Vous les oubliez ? Mais eux aussi ont un chantier à faire avancer ! Vraiment, quel manque de générosité dans vos calculs.

Vous allez donc devoir apprendre à patienter. Je vous recommande chaudement Sénèque ou encore le yoga (rien ne vous empêche de cumuler les deux, on n’est jamais trop prudent). Et à profiter de votre “ruine à restaurer” comme d’un vestige historique qui ne sera bientôt plus qu’un souvenir que vous regarderez sur les photos avec tendresse et nostalgie. Tranquillisez-vous, vous avez tout le temps pour la photographier sous tous les angles, car une autre notion de la relativité du temps va vous donner l’estocade. Si vous êtes pressé, pensez donc aux ouvriers qui, eux, ne voient plus la fin du chantier précédent. Et n’oubliez pas non plus que la maçonnerie ne se fait pas en hiver. Car l’hiver, il gèle. En clair, si vous ratez la saison idéale, votre chantier sera remis au printemps suivant ou carrément sine die.

Bon an mal an (quelle expression redoutable en un tel contexte), avec un peu de chance, vous aurez entre un et deux ans pour vous organiser. Et votre “provisoire” va devenir véritablement “durable”. Vous deviendrez écolo sans le savoir, un précurseur ! Cela vous consolera le soir à la veillée lorsque vous cocherez sur le calendrier les jours qui s’écoulent lentement, bercé par le tic tac de la pendule du salon “qui dit oui, qui dit non qui leur dit : je t’attends…”3

Attention : si vous fêtez vos 89 printemps, il est peut-être temps de renoncer à vos travaux, vous risquez de n’en jamais voir la fin, si vous avez la chance d’en voir le début.

 

 

Notes :

1 – “Rubrique à brac – Taume 2″ Marcel Gotlib 1971

2 – “Aden Arabie” Paul Nizan 1931

3 – “Les Vieux” Jacques BREL 1963

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